n°29 Le rêve européen

Description

Date de publication: 2024
Éditorial : Le rêve européen

 

Karim Basbous
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À force de s’envahir… On pourrait ainsi commencer le récit des multiples hybridations dont l’Europe est le fruit. En témoignent nos rues et nos places, nos habitations et nos monuments, qui racontent une manière d’habiter le monde reconnaissable, malgré ce qui distingue les pays. De Paris à Budapest, de Barcelone à Berlin en passant par Rome, se profile le visage incertain d’une civilisation, construite autour de la raison, des sciences et des techniques. Conquis sur le terrain des empires et des guerres, ce « nous » cherche encore ce qui le fait. Il ne saurait être défini essentiellement par des traités et une libre circulation des biens, des services et des individus : il y manque une ambition culturelle, de quoi engager une idée de l’autre, du partage, de l’État, de la nature, du pouvoir et des institutions, bref, un ensemble de concepts en prise avec un cadre bâti, qui tantôt les représente, tantôt leur résiste.

S’il existe un dénominateur commun des grandes cités européennes, que signifie-t-il et comment relever des parentés ? Quel rapport au passé, à la modernité et à l’universalité entretient-on dans les arts ? Comment le projet architectural et urbain peut-il entretenir le cosmopolitisme sans céder à une mondialisation uniformisante ? Comment saura-t-il défendre la singularité des lieux sans donner prise aux replis identitaires ? D’ailleurs, l’architecture et les usages qu’elle abrite peuvent-ils aider à situer les bornes du Vieux Continent, quelque part entre l’Atlantique et l’Asie ? Quel est le poids de la géographie dans la représentation des sociétés à l’heure de la virtualisation des échanges ?

Ce qui divisait l’Europe jadis peine à devenir ce qui l’unit aujourd’hui, si l’on fait exception des tragédies. Les mythes restent fidèles aux nations. Or, il y a bien un miracle européen, qui n’a rien à envier au rêve américain : il y aurait une manière de partager, de célébrer, de gouverner, de s’opposer et de tolérer qui nous caractérise, que l’on reconnaît dans nos façons de nous loger, d’occuper l’espace public, de s’espacer, de se divertir et de s’émouvoir. La densité, la place des arbres, les terrasses de café, les paysages et les campagnes sont, dans cette partie du monde, les témoins d’une histoire plurielle qui nous oblige. Elle nous offre les moyens de vaincre les dangers politiques, sociétaux et écologiques de demain. Tel est l’esprit de ce numéro du Visiteur : penser l’Europe, et non s’en tenir à en commenter le passé, sous l’angle du cadre bâti. Il est donc question de définir la place de l’architecture dans un projet de société, lequel est également à définir : double enjeu, double difficulté. Face à la puissance des autocraties à travers le monde, qu’en est-il de ce projet audacieux, par définition inachevé, qui scelle l’union de la ville et de la démocratie ? Qu’est-il devenu au fil des transformations de l’espace urbain et de l’espace politique depuis l’Antiquité ? Dominique Schnapper met l’antique notion de cité à l’épreuve de tout ce qui en a transformé le sens depuis, et nous enjoint d’imaginer un espace public européen en mesure de donner une forme palpable au projet transnational.

Un photographe dira que le recul offre de meilleures prises sur le sujet. Il en va de même ici : pour voir l’Europe, il faut en sortir, confronter le Vieux Continent à ce qui lui est autre. C’est ce que propose le deuxième article du sommaire, dans lequel les principes fondateurs de l’ordre états-unien éclairent d’un jour neuf la tradition européenne, et permettent de distinguer les deux modernités de part et d’autre de l’Atlantique. En opposant Lima à Paris, Patricia Ciriani interroge, elle, notre rapport à l’État. Par sa plume, la cité péruvienne se révèle être la manifestation d’un ordre sans donneur d’ordre : une organisation spontanée qui revêt une forme échappant aux catégories esthétiques et politiques européennes, dont Paris est un exemple emblématique. Et si le contre-modèle péruvien était un laboratoire d’urbanisme à ciel ouvert pour le xxie siècle ? Et s’il était une alternative joyeuse et populaire aux sinistres smart cities et à l’ordre panoptique ? Dans une veine tout aussi critique, Denis Bocquet défait le mythe berlinois qui a marqué les esprits depuis les années 1980, en retraçant le « grand bond en arrière » – pour emprunter l’expression de Serge Halimi – par lequel Berlin a progressivement renoncé à tout ce qui faisait sa modernité politique. Ce constat en appelle un autre, à l’échelle du continent : au tournant de la fin des années 1970, la modernité universelle et le Style international ont laissé place à une valorisation des identités locales et des formes urbaines traditionnelles. Guillemette Morel Journel retrace les avatars d’un idéal de la ville européenne qui a pris naissance dans la « Déclaration de Bruxelles » et s’est achevé dans le pastiche des villes et des quartiers à l’ancienne. Ces désillusions ne devraient pas discréditer l’espoir de définir ce qu’est la ville européenne, voire ce qu’elle doit devenir pour servir d’exemple. Répondre à l’urgence d’un développement durable – s’il ne s’agit pas là d’un paradoxe – est, pour Florian Hertweck, un défi qui donne corps au rêve européen.

On peut parler du sol, de ce qui est propre à un territoire et à son histoire, sans pour autant nourrir le nationalisme ou l’historicisme. C’est ce que fait Paolo Zermani en dessinant des projets, naturellement conçus comme l’expression d’une mémoire, mais sans aucune concession aux figures du passé. Ce temps que la mode écrase, l’œuvre de cet architecte solitaire le restaure, avec des bâtiments amples et mystérieux, imposants, tout en étant humblement adossés aux anciens tracés. La passion des lieux anime aussi Yvonne Farrell et Shelley McNamara, qui s’attachent à définir ici ce qu’est un bâtiment public dans la tradition européenne, avec un génie constructif qui leur est propre : leurs plans et leurs coupes portent une idée de la cité et de la démocratie, au même titre que les discours et les lois. Ce que l’on pourrait appeler tristement le dernier texte de Jean-Louis Cohen est un hommage à cette société de villes qui a fait l’Europe : dans un brillant parallèle avec les arts, il révèle cette vie des formes urbaines qui se joue du temps, des échelles et des identités.

Nous restons à l’affût de textes à traduire, surtout lorsqu’ils méditent de grandes questions ; cette année, notre choix s’est porté sur un article savant de Sergio Bettini. Partant de Palladio, l’auteur interroge, d’un point de vue très singulier, les structures urbaines européennes et leurs significations. Notre sommaire se termine avec le regard critique que posent Guillaume Hergat et Raphaël Lévêque sur une sélection de projets de l’agence CITA, pour laquelle le logement social est un terrain d’invention. Puisse ce texte entretenir parmi nos lecteurs l’intérêt pour le savoir typologique, le goût de l’analyse et, chez les architectes, le plaisir de faire si bien avec si peu.


La ville et la démocratie : de la nation à l’Europe?
Dominique Schnapper
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La ville est le lieu de la création, de l’imaginaire et des tensions de la démocratie, elle en révèle le sens et les limites. L’espace public, concept abstrait, s’est incarné dans l’espace concret de la ville. La modernité remet en cause ce lien historique entre la permanence de la pierre et le renouvellement des générations des citoyens qui discutent et décident des affaires communes. La ville témoigne en particulier du sens et des limites du « rêve européen ». La démocratie en Europe a pris des formes concrètes variées selon la tradition nationale, les grandes villes ont hérité de ces formes qui donnent une réalité concrète au principe abstrait de la démocratie. Comment construire une Europe politique, au sens noble du terme, quand les institutions et les imaginaires qui la rendent effective sont nationaux ? « L’unité dans la diversité » est une formule paresseuse pour s’économiser de poser le problème : quelle diversité est compatible avec une forme politique commune ? La ville, par le poids de son passé inscrit dans l’espace architectural, révèle le défi auquel les Européens, qui se veulent les instituteurs d’un univers de paix et de respect réciproque, se doivent de répondre. D’autant qu’ils ne peuvent ignorer la contestation intérieure de l’ordre démocratique et la vigueur des ennemis extérieurs qui cherchent à l’abattre. La volonté politique ne se décrète pas.

La revanche d’Homère 
Karim Basbous
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Go west : je partirai de cette vieille expression qui signifie le grand départ prometteur, mais aussi la mort avec le couchant, pour explorer ce qui a fait l’Europe et ce qui la défie, de l’autre côté de l’Atlantique. En l’espace de trois siècles, les colons bâtisseurs des États-Unis d’Amérique se sont affranchis des principes hérités des mondes grec et romain, entretenus par la chrétienté et les monarchies. De New York à Los Angeles et au cœur de la wilderness, un autre idéal s’est forgé, promouvant une expérience inédite de l’espace et du temps, des objets neufs et un regard neuf, à l’inverse du Vieux Continent, qui semble engourdi dans son humus. L’Occident s’élargit et se divise à nouveau : à l’ouest s’ouvre l’horizon d’une prospérité fondée sur un pragmatisme, tandis que le profil de l’Europe se dessine autour d’une certaine idée de l’art, qui reste à déceler. Je confronterai les concepts politico-esthétiques qui se sont progressivement construits au nord de la Méditerranée à ceux qui ont émergé en Amérique septentrionale, en m’appuyant sur ce qui constitue pour une civilisation un des plus puissants moyens de représentation et de conquête – l’architecture – mais aussi sur ce qui inspire les bâtisseurs, conditionne la formation des modèles, structure l’imaginaire et l’inconscient collectif – la géographie –, afin d’opposer le génie des uns à la vitalité des autres, en un siècle qui a besoin des deux pour vaincre ses peurs.

Lima contre Paris : l’effet du peuple et le fait du prince
Patricia Ciriani
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De Haussmann aux nouveaux aménagements des boulevards extérieurs, Paris, hier ville modèle, est en passe de devenir une ville morte, étouffée par les franchises de commerce et d’architecture. L’inconscient érotique n’effleure guère plus ses passages qu’une dérive situationniste ne bousculerait ses rues pittoresques de carte postale. Plus l’espace de la ville se marchandise au plus offrant, moins il est possible de l’habiter, encore moins de la rêver. Les centres-villes planifiés de Paris, Barcelone ou Berlin sont devenus la réserve de rares privilégiés, tandis que leurs banlieues peinent à trouver leur unité. À Lima, les habitants n’attendent plus la planification sans cesse ajournée pour s’approprier un lopin de terre et le peindre aux couleurs vives des Andes ou de l’Amazonie. L’autogestion à l’œuvre dans la création continue de nouveaux quartiers s’étend dans l’infini du désert et jusqu’à la cime des montagnes qui conforment les 2 672 km2 de la capitale péruvienne.  Sans se le proposer, les habitants font de la rue un usage domestique qui n’empêche pas la circulation de grandes avenues toutes proches. Faute d’organisation gouvernementale, c’est la société qui prend le relais et crée spontanément des milieux qui font sens, au moindre coin de rue. Toutes proportions gardées, la comparaison entre ces dynamiques liméniennes et certains quartiers périphériques de Paris ou de Barcelone révèle des parentés insoupçonnées, ouvrant la voie à la reconnaissance de ces quartiers dits « difficiles ». Il semblerait ainsi que le futur soit plus aimable avec les villes sans identité fixe, sans limite, comme le suggérait déjà le concept d’apeiron d’Anaximandre. Au lieu de remâcher l’antienne péjorative de l’émiettement urbain, tributaire de la centralité, l’expérience multipolaire de Lima questionne la dialectique urbaine européenne et ouvre une alternative fondée sur la négociation constante de l’espace partagé. Serait-ce cela, l’urbanité ?

L’urbanité en suspens, le nouveau Berlin
Denis Bocquet
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Berlin a longtemps, dans les études urbaines et la critique architecturale, constitué l’horizon d’une sorte de laboratoire dans lequel se conjuguaient, sous le regard des architectes du monde entier, esprit d’innovation et d’expérimentation, politiques sociales du logement ambitieuses, conscience civique et professionnelle, ainsi que désir de promouvoir, à tous les étages de la production urbaine, la vitalité d’une riche sphère de débats, voire de polémiques. Cette ère est révolue. Depuis le tournant du siècle, les débats urbains berlinois sont devenus stériles et sans échos, reflets d’un milieu considérablement appauvri par de profonds renoncements sur les plans professionnel, politique, social et esthétique. Berlin ne saurait être de nouveau un maillon du rêve européen sans restaurer une capacité de contestation du système productif. C’est au prix d’un travail critique que cette ville retrouvera l’esprit d’avant-garde qui la caractérise. Je m’appuierai sur de grands projets exemplaires aussi bien que sur la production ordinaire pour dénoncer ce qui a mis fin aux dynamiques à l’œuvre, dans l’idée de contribuer à remettre Berlin sur la voie de son destin.

De la réparation urbaine à la grande réparation
Florian Hertweck
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Le rêve européen de diversification, d’ouverture et d’inclusion se heurte systématiquement au cauchemar européen de colonisation, d’extraction, d’exclusion, et d’externalisation, une histoire qui est loin d’être surmontée. Face aux trois grands défis de notre époque, à savoir le dérèglement climatique, la pénurie des ressources et les inégalités sociales, il est désormais nécessaire de remettre en question les doctrines et les politiques de la production de l’espace. Certaines stratégies de décarbonation, par exemple, conduisent souvent à des activités d’extraction et d’externalisation, pendant que des stratégies pour augmenter la résilience européenne peuvent impliquer des effets d’exclusion. Dans son dernier ouvrage, Bruno Latour interrogeait les contours du projet de transition écologique européen, qui oscille aujourd’hui entre développement durable et décroissance, entre le technofix – le credo selon lequel l’innovation et le développement technologique résoudraient ces défis – et ce que nous appelons la grande réparation. Cette dernière mise moins sur la technologie que sur la sobriété, la longévité, la solidarité, la réappropriation, la diversité et la préservation des valeurs enracinées dans l’histoire culturelle européenne.

L’Europe contre la ville européenne – Bruxelles, 1980
Guillemette Morel Journel
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En novembre 1978, un aréopage de jeunes architectes venus d’Espagne, de France, du Royaume-Uni, d’Italie et de Belgique se réunit à Bruxelles pour débattre de « la reconstruction de la ville européenne ». L’identité de cette dernière – dont ils ne doutent pas – est selon eux en danger, après des décennies de destructions par les guerres et, surtout, leurs dommages collatéraux : leur reconstruction selon les principes modernes. La « Déclaration de Bruxelles » qui en est issue dénonce en particulier « la politique irresponsable de la CEE dont l’action destructrice en matière d’implantation de ses propres bâtiments touche, tout aussi gravement, des villes comme Luxembourg, Strasbourg et Bruxelles ». La doctrine de « la ville européenne » défie alors l’institution de l’Europe, le retour au genius loci européen affronte l’idée de modernité universelle. Dans cette guerre de tranchées, un Bruxellois et un Luxembourgeois occupent encore aujourd’hui une place importante : Maurice Culot et Léon Krier.

Transurbanités européennes
Jean-Louis Cohen
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Depuis l’Antiquité, les villes européennes n’ont cessé d’échanger leurs formes, dans un mouvement incessant qui a vu Rome, Venise, Londres ou Berlin s’observer et s’inspirer les unes les autres. Des plans et des dispositifs urbains ont été reproduits ou transposés, au prix de changements d’échelle et de densité, alors que des types d’édifices étaient assimilés ou interprétés à des milliers de kilomètres de leur lieu d’apparition. Les villes ont été alternativement – et parfois simultanément – la source et le réceptacle de ces migrations transurbaines, dont les modalités vont de la simple translation à la paraphrase, et du plagiat à la parodie. Chaque ville peut ainsi être lue comme un montage de fragments empruntés à d’autres – et parfois à elle-même, selon un principe autoréférentiel. L’histoire des villes européennes, saisies une à une, pourrait donc être doublée d’une chronique de ce qui se joue entre les villes et tisse entre elles des liens selon les cas grossiers ou ténus.

Architecture et identité
Paolo Zermani
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Dans le contexte européen, le paysage italien représente un paradigme emblématique pour ses caractéristiques architecturales singulières. Cet unicum, où coexistent d’anciens fragments de vérité et des exemples extraordinaires et lumineux de civilisation, agrège des contextes lacérés résultant de notre époque, dans lesquels le projet ne peut plus se greffer de manière canonique. Dans cette mine extraordinaire, bien qu’impure et polluée, la mesure du nouveau doit procéder d’une méthode qui ne propose pas de solutions gratuites ou abstraitement créatives, mais s’inscrit dans la conviction que la véritable architecture, loin de s’improviser, relève d’un processus métamorphique.

Une ville accueillante
Yvonne Farrell et Shelley McNamara
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Le thème du « rêve européen » nous a amenées à réfléchir sur la manière dont les villes d’aujourd’hui et de demain peuvent accueillir la vie individuelle et collective. L’architecture peut être considérée comme la discipline qui construit les villes, avec pour objectif d’en faire des structures accueillantes. L’imagination collective de notre profession peut être mise à profit pour créer des lieux utiles, paisibles et agréables, qui enrichissent l’existence des êtres humains et, au-delà, accueillant le vivant. Lorsque nous avons été nommées commissaires de la Biennale d’architecture de Venise 2018, nous avons rédigé un manifeste intitulé Freespace qui définissait, au cœur même de l’architecture, une générosité d’esprit et un sens de l’humanité axés sur la qualité de l’espace, et non sur l’architecture en tant qu’objet. Tout projet d’architecture, de construction et d’infrastructure peut développer son propre freespace – une invention, un élément supplémentaire – qui serait en quelque sorte un « cadeau » offert à l’ensemble des habitants.  Dans l’exercice de notre profession, nous sommes animées d’une profonde curiosité, qui motive nos recherches sur le rôle de l’architecture dans la nature complexe des villes. Il est en effet primordial pour nous tous de savoir comment exploiter les dons gratuits de la nature pour créer un monde durable et respectueux de la biodiversité.

Palladio urbaniste
Sergio Bettini
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Est-il légitime de considérer Palladio comme un urbaniste ? En rien, semble-t-il, puisqu’il n’a ni construit de Palmanova, ni dessiné de Sforzinda (qu’il aurait sûrement nommée Trissinia). En fait, il n’est qu’un seul dessin qu’on pourrait lui attribuer, non sans incertitude, celui qui figure dans l’édition du Vitruve publiée en 1556 par Daniele Barbaro : c’est-à-dire presque rien. Plus grave encore : Palladio, auteur exemplaire d’un traité qui a fait référence pendant des siècles, n’a laissé aucun traité d’urbanisme, contrairement aux architectes plus ou moins célèbres de son temps. Dans la préface des Quatre Livres, il promet d’en réserver un à « la manière de fortifier les villes et les ports  », mais, s’il l’a jamais écrit, celui-ci n’a pas été retrouvé. De toute façon, il ne se serait pas agi d’un livre d’urbanisme à proprement parler, mais plutôt d’un livre sur les fortifications. Cette absence donne à réfléchir, surtout si l’on se souvient qu’à partir du Quattrocento, et pendant la totalité du Cinquecento et au-delà (du Filarète, pour citer le nom le plus évident, à Vincenzo Scamozzi, pour en citer un autre), il était presque obligatoire pour un architecte italien de s’occuper aussi d’urbanisme.

L’effort moderne. A propos des projets de CITA Architectes
Guillaume Hergat et Raphaël Lévêque
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La crise du logement n’en finit pas. À chaque époque ses maux, ses manques et ses aspirations. Le constat n’est pas nouveau : une grande partie de la production de logements échappe aux architectes. Lorsque ces derniers s’en saisissent, les contraintes systémiques écrasent plus qu’elles ne libèrent – d’abord les concepteurs, plus tard les habitants. L’architecte se confronte à des acteurs, à des forces économiques et réglementaires qui le dépassent de loin. C’est par le projet, un savoir qui lui est propre, que la construction devient architecture, et plus tard peut-être pour ses habitants, un havre de paix. Le travail de CITA Architectes nous rappelle la nécessité d’« offrir des lieux pour tisser des liens », même lorsque les architectes travaillent pour des bailleurs sociaux ou lorsque la ville s’absente des environs. Il nous rappelle que la conception de logements collectifs et sociaux s’appuie sur un partage des efforts et des effets entre l’intérieur du logement et les parties communes. La mixité sociale est renvoyée à l’engagement des gestionnaires, pour CITA, le projet architectural tend vers une mixité spatiale qui s’offre à tous. Autour de ces quelques réalisations choisies et à l’heure d’une économie raisonnée des sols et des matériaux, il semblerait qu’il faille habiter ensemble pour habiter mieux.

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