n°16

Description

Date de publication: 2011
Éditorial
Karim Basbous
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Le territoire est au cœur de ce seizième numéro du Visiteur : nous consacrons un dossier à l’œuvre de Luigi Snozzi dans le village tessinois de Monte Carasso, et nous poursuivons la publication d’une série d’articles issus du colloque « Le territoire dans tous ses états », organisé par la Société française des architectes et le CNRS[1].

L’« urbanisme » est aujourd’hui une pratique souvent détachée du projet, qui se contente de codifier l’occupation du territoire d’une manière générique, sans regarder les lieux dans leur spécificité. Le travail de Luigi Snozzi défend, à l’inverse, une réglementation empirique, conçue comme un ensemble d’exceptions propres à chaque situation. En ce sens, il renoue avec ce qu’on appelait au siècle des Lumières l’« embellissement des villes », et nous rappelle cette époque où la règle du droit et le réglage du dessin d’un centre urbain entretenaient un rapport de complicité.

Monte Carasso n’aurait été qu’un bourg comme tant d’autres si la rencontre, en 1978, entre Luigi Snozzi et le maire Flavio Guidotti ne lui avait réservé un destin particulier ; l’aventure est, aussi, politique.

À Monte Carasso, Luigi Snozzi déjoue les écueils qui réduisent généralement la portée du projet architectural et urbain : face au patrimoine – en l’occurrence, un couvent de la Renaissance –, il se montre davantage progressiste que conservateur : il transforme l’édifice autant qu’il le réhabilite. À l’uniformité des grilles juridiques du droit de la construction, il oppose une surprenante règle topique. Celle-ci ne précède pas la conception mais se fonde, a posteriori, sur la solution architecturale. Car pour Luigi Snozzi, le projet est le commencement, et la règle, un provisoire aboutissement. Chaque intervention retrouve ainsi une liberté que la normalisation lui confisque habituellement. Luigi Snozzi responsabilise le projet : la plus petite parcelle prend en charge le territoire, et les règles qu’il invente pour la ville ne sont pas des textes à appliquer, mais des principes à interpréter. Enfin, Luigi Snozzi travaille sur le long terme : Monte Carasso est le fruit d’un travail de trente ans. Trente années pendant lesquelles s’est construit, entre l’architecte, le maire et l’habitant, un peu de ce « lien social » dont on regrette aujourd’hui la dégradation généralisée dans nos sociétés.

Luigi Snozzi lui-même raconte, sur un ton qui associe l’humour à la provocation, l’expérimentation architecturale et administrative de cette opération. Judith Rotbart et Laurent Salomon, Fabio Merlini et Pierre-Alain Croset dégagent ensuite la singularité territoriale, urbanistique et politique que représente « le cas Monte Carasso ».

Tous les territoires n’ont pas le privilège de faire l’objet d’un travail aussi abouti que ceux sur lesquels travaille Luigi Snozzi. Dans son article, Ruth Marques retrace les moments clés de l’évolution de la ville européenne. Au croisement d’une lecture économique, politique et esthétique du territoire français au cours du XXe siècle, elle montre la violence faite à l’idée même de lieu, avant d’en exposer le possible retour.

Le territoire sur lequel se penche Philippe Potié n’est pas celui que l’on occupe physiquement, mais celui qui se construit dans l’inconscient collectif. L’auteur analyse les dispositifs de regard et de récit que convoque New York délire pour révéler la fiction urbaine fondatrice de l’« effet Manhattan ». Les trois derniers textes explorent chacun un aspect de la violence urbaine : trois violences qui rapprochent, elles aussi, des territoires très différents : violence de la planification pour Yves Pedrazzini, violence des guerres asymétriques pour Saskia Sassen, et violence des dispositifs de surveillance pour Rémi Baudouï.

Enfin, Le Visiteur est heureux d’accueillir un texte de Martine Dassault qui fait ressortir la dramaturgie de l’espace architectural du couvent de la Tourette, et l’oppose à « l’innocence » de la chapelle de Ronchamp. L’auteur confronte chacun de ces deux édifices avec son double en peinture, dans un saisissant parallèle dont nous laisserons la surprise au lecteur.

[1] Colloque « Le territoire dans tous ses états », organisé par la Société française des architectes et le CNRS, les 13 et 14 novembre 2009, avec le soutien de l’université Paris-Est Marne-la-Vallée et de l’Urbaine de travaux.


Monte Carasso : à la recherche d’un centre
Luigi Snozzi
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Le territoire, le maire et l’architecte
Judith Rotbart et Laurent Salomon
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Le logos architecte
Fabio Merlini
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Luigi Snozzi et Monte Carasso : expérimenter la longue durée
Pierre-Alain Croset
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Témoignage
Paulo Mendes da Rocha
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New York, le nègre et le schizophrène
Philippe Potié
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La ville en trois ruptures

Réquisitoire contre un non-lieu [1]

Ruth Marques
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Violences urbaines, violence de l’urbanisation et urbanisme de la peur

Dialectique destructive de l’environnement construit

Yves Pedrazzini
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Ville ouverte : au-delà des guerres asymétriques et de la violence environnementale
Saskia Sassen
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Panoptique sécuritaire

De l’actualité de Michel Foucault

Rémi Baudouï
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De la Tourette à Ronchamp : guerre et paix
Martine Dassault
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